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> "Il y a quelque chose de mystérieux dans l'émerveillement"

Extraits d'une interview de Claire MARIN, philosophe et écrivain

Qu'est-ce que l'émerveillement ?

Claire Marin : C'est un étonnement, une surprise, un éblouissement devant quelque chose qui nous dépasse ou nous dépossède d'une manière réjouissante. On est pris, capté, ravi, dans les deux sens du terme.

 

Quelle distinction faites-vous entre contempler et s'émerveiller ? Entre s'émerveiller et être émerveillé ?

Dans la contemplation, il y a, me semble-t-il, l'idée d'être absorbé par ce que l'on contemple, de s'y plonger jusqu'à s'y oublier. Tandis que dans l'émerveillement, l'objet qui émerveille permet un retour à soi qui est accroissement, intensification, expansion d'être. Ce qui m'émerveille crée une faille heureuse, élargit quelque chose en moi. Comme les yeux qui s'écarquillent devant ce spectacle. D'ailleurs, on parle plus d'émerveillement pour des expériences visuelles et moins pour des expériences auditives ou olfactives. Les racines étymologiques le rappellent : émerveillement vient de mirabilia, les choses étonnantes qui captent notre regard ; et le templum qu'on entend dans contempler, c'est l'espace que le regard circonscrit. Pour les expériences auditives, on parle plutôt d'enchantement. Quant au verbe s'émerveiller, il traduit bien cette ouverture intérieure du sujet, comme une éclosion ou une exaltation, un peu comme on s'élève à un niveau supérieur. Être émerveillé décrit l'état de celui qui vient de vivre cette expansion intime, ce gonflement de l'être dans un mouvement d'inspiration.

(...) Après l'émerveillement, il reste une curiosité, un questionnement parce que l'on veut comprendre la source de ce qui nous a émerveillés.

(...) Peut-être, dans nos sociétés, n'y a-t-il pas assez d'incitations à cultiver cette capacité d'émerveillement, d'ouverture. Pourtant l'adulte qui garde cette capacité possède un vrai soutien dans son existence. Car un caractère joyeux est moins vulnérable aux blessures de la vie, comme le disaient déjà les philosophes de l'Antiquité, et comme le constate la philosophie contemporaine à travers les découvertes en neurobiologie et en biochimie.

Finalement, l'être qui s'émerveille serait comme protégé...

Spinoza définissait la joie comme un accroissement d'être qui augmente la puissance d'agir. Selon lui, elle est le passage à une plus grande perfection. Chez Spinoza, la joie est liée à des affects positifs qu'il faut cultiver, tandis que chez Henri Bergson, elle est le signe d'unification du sujet, de sa coïncidence avec lui-même, redéfinie comme la création de soi par soi. Bergson pense qu'il y a dans la joie qu'éprouve celui qui crée quelque chose de semblable à la joie divine. La joie naît également, selon Bergson, du sentiment d'avoir participé à l'accroissement moral du monde.

(...) Il peut y avoir une forme de naïveté, un manque de lucidité dans l'émerveillement s'il rend insensible à la douleur des autres. Pour comprendre le tourment de l'autre, il faut sortir de cette forme d'extase qu'est l'émerveillement. Et c'est la marque même de l'humilité d'être capable d'être émerveillé par ce qui semble plus petit que soi, inférieur à soi.

Propos recueillis par Claire LESEGRETAIN pour La Croix 03/08/2009

© 2016 par Marie Salomé

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